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    Alchimie du verbe

Mieux que le Goncourt ?

20 février 2017 ateliers d'écriture
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Le prix Goncourt 2016 est allé à Leila Slimani pour Chanson douce, un roman qui raconte comment une nounou tue les deux enfants dont elle avait la garde. Précédemment Leila Slimani avait publié Dans le jardin de l’ogre, histoire d’une nymphomane qui ne parvient pas à s’en sortir.

Antoine Jaquier a publié en 2015 Avec les chiens, où il met en scène un tueur pédophile et quelques pratiques sado-masos. Antoine Jaquier est suisse et son roman publié chez L’Age d’homme.

Le prix Goncourt 2016 récompense en Slimani une personnalité franco-marocaine qui, bien que bourgeoise aisée, s’intéresse aux petites gens. En ces temps où la France va mal, cette récompense a valeur d’exorcisme. Ah, de plus son roman est paru chez Gallimard.

Voilà deux auteurs, donc, qui traitent du meurtre d’enfants et de la souffrance sexuelle.

L’ogre de Jaquier viole et tue des petits garçons après avoir séduit leurs mères, ou plutôt à défaut de pouvoir soumettre véritablement leurs mères.

La nounou de Slimani tue pour une raison qui restera à jamais obscure au lecteur comme à l’auteure. La nymphomanie de son autre héroïne ne révéle pas non plus ses ressorts.

Slimani nous donne des faits, une accumulation de faits qui n’arrivent pas à composer un vrai tableau. A ce patchwork, elle ajoute des émotions, toutes les émotions possibles. Le point de vue est le plus souvent extérieur et factuel, mais tout à coup, sans crier gare, le texte nous balance l’émotion d’un personnage, une émotion sortie de nulle part, intense jusqu’au pathétique.

De plus les personnages n’évoluent pas, il n’y a pas un chemin qui mène la nounou au meurtre. Il y a des faits, des situations qui s’aditionnent ou se succèdent.

Au fond Slimani donne tous les faits et émotions possibles qui auraient pu mener au dénouement tragique. Mais finalement rien n’est expliqué, parce que tous ces éléments s’annihilent les uns les autres. Une accumulation d’arguments hétéroclites ne fait pas une démonstration. Seul le lecteur complaisant pourra bien pêcher là-dedans un argument qui le convaincra.

Jaquier, lui, nous donne à voir des personnages qui sont réels parce qu’on entre dans leurs pensées et parce qu’ils ont un comportement qui est cohérent avec leurs pensées. Ils suivent une trajectoire qui reflète leur vécu intérieur et qui donne au récit une réelle dynamique.

On est dans la peau de Gilbert quand il séduit Ester. On est dans la peau d’Ester séduite à la salle de sport. On est dans la peau de l’enfant Julien pendant les quatre mois de son séquestre, on suit l’évolution de ses relations avec Gilbert. Il est vrai qu’on n’est pas toujours avec Michel, le papa dont les motivations sont, à mi-parcours, peu claires, un peu bâclées dirons-nous. Mais on est avec Julien adulte dans ses diverses attitudes envers son ravisseur. Jaquier creuse vraiment son sujet, il donne une vraie réalité à ses personnages – même s’il aurait pu creuser encore plus et que j’aurais eu plaisir à en lire davantage.

Alors oui, clairement, Avec les chiens fait mieux que le prix Goncourt 2016.

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